Plusieurs questions restent encore sans réponse suite à la mise en examen du Ministre Congolais de la Justice, Constant Mutamba. En République Démocratique du Congo, le Ministre est poursuivi par ses pairs pour détournement de fonds publics et “non-respect de la procédure”. Son procès avait débuté le 9 juillet dernier, puis s’est poursuivi le 23 juillet devant la Cour de Cassation pour l’ouverture des débats. Il avait d’ailleurs remis sa démission au chef de l’Etat le 18 juin dernier pour affronter ce qu’il dénonce être un “complot politique”.
“Je suis surpris par un coup de poignard dans le dos, à travers un complot politique visiblement conçu à Kigali [capitale du Rwanda] et exécuté par certains de nos compatriotes […] Je vous remets ce jour, non sans regret, ma démission pour faire face à ce complot politique”, a-t-il écrit.
Depuis le début de son mandat en Juin 2024, Constant Mutamba, tout juste âgé de 37 ans, a beaucoup fait parler de lui pour ses différentes mesures et prises de position fermes, souhaitant réformer un système judiciaire qu’il jugeait “malade”.
Pour lutter contre la criminalité en RDC, le Ministre brandissait son arme fatale de dissuasion : la peine de mort. D’abord dans son opération “Zéro Kuluna - Ndobo”, qui avait divisé l’opinion publique Congolaise et mené aux arrestations, procès et condamnations à mort d’une centaine de jeunes “Kulunas”.
Puis, fier d’un bilan qu’il a présenté comme positif, déclarant que l’opération a permis de “réduire sensiblement le taux de criminalité à Kinshasa et d’autres villes” et de désengorger les prisons, le ministre souhaitait étendre la peine de mort à tous les condamnés reconnus coupables d’avoir détourné l’argent de l’Etat ; “c’est de pouvoir insérer la peine de mort comme sanction contre les détourneurs des deniers publics et nous assurer que tu as volé un franc de l'État, que tu sois condamné à mort et que tu sois exécuté”, avait-il déclaré.
La RDC compte malheureusement le pire indice des cas de détournements de fonds au monde selon l'ONG Transparency International. Mais pour plusieurs internautes, la position du Ministre, quoique pour l’intérêt sécuritaire en RDC, est bien trop dure et extrême, quand on sait que le sang des Congolais n’a que trop coulé et certains l’accusent de faire preuve d’un excès de zèle succombant dans l’émotion du pouvoir.
Aujourd’hui, c’est un renversement de situation assez troublant auquel nous assistons. Car Constant Mutamba qui souhaitait la peine de mort pour les accusés de détournements de fonds, se retrouve lui aussi sur le banc des accusés pour le même fait. Serait-ce une vengeance de ses détracteurs face à ses déclarations et ses réformes ? Ou bien une leçon que le Seigneur souhaiterait lui enseigner ? Une hypothèse que l’on ne peut écarter car Dieu est celui qui élève les Hommes au rang de dignité.
Le Parquet l’accuse d’avoir dérobé la somme de 19,9 millions de dollars provenant des fonds destinés à l’indemnisation des victimes de la guerre à l’est de la RDC, et de l’avoir versé à la société Zion Construction, jugée fictive, et ce, sans accord du gouvernement pour la construction d’une prison à Kisangani, dans le nord-est du pays. Un projet d’un budget d’environ 40 Millions de dollars. Un acte qui constituerait une violation des règles d’attribution des marchés publics. Mais “ce marché, préalablement soumis au conseil des ministres, a été approuvé par la Première ministre”, a affirmé Constant Mutamba à la barre.
De son côté, le Ministère Public a déclaré, rapporte le Magazine Actualités, que le Conseil des ministres voulait plutôt construire une maison d’arrêt à Kinshasa et que le ministre de la Justice a délocalisé le lieu de construction à Kisangani. Précisant aussi qu’aucun site n’existe dans cette ville dans le but d’abriter la future prison.
“Les 19 millions pour lesquels je suis poursuivi sont bel et bien à la banque. Je n'ai jamais pris un seul dollar. Peut-on détourner l'argent qu'on n'a pas touché?”, a poursuivi le Ministre devant les juges. Il promet d’apporter des preuves de son innocence et jure n’avoir détourné aucun denier de l’Etat.
“Je subis l'injustice, j'ai accepté d'affronter ce procès pour prouver mon innocence, voilà pourquoi j'ai démissionné du gouvernement, Je n’ai pas voulu fuir, m’exiler. Je suis prêt à mener le combat d’une génération, d’un peuple et d’un continent. Je suis venu payer le prix d’une lutte. Je suis prêt à aller jusqu’au bout.”, a-t-il déclaré.
Si les faits sont avérés, pour quelle raison aurait-il emprunter une voie détournée ? S’est-il dit que la fin justifiera les moyens ? Ou serait-ce une leçon qui enseigne qu’une justice sans miséricorde peut être destructrice et avide de pouvoir ?
Car en étant dans la position d’un accusé, d’un prisonnier, d’un condamné, à tort ou à raison, en endossant le statut de l’autre, nous sommes davantage capables de nous mettre à sa place et comprendre sa position, sa douleur et la réalité de ce qu’il endure. Et c’est fort de cette miséricorde que des mesures justes peuvent être appliquées. En dépit de tout, Dieu l’auteur de la Justice, exerce son jugement dans l’Amour.
Nous ne pouvons dire que Constant Mutamba est une mauvaise personne ou un mauvais ministre. Nous pouvons même supposer qu’il semble être un jeune patriote Congolais impliqué pour son pays et plein de zèle. C’est pourquoi, à l’issue de cette infortune, nous espérons que ce jugement ne soit pas biaisé mais soit juste, car rappelons que Celui qui absout le coupable et celui qui condamne le juste Sont tous deux en abomination à l’Eternel [Proverbes 17 v.15]. Que cette épreuve lui permette d’en ressortir plus fort et plus sage, en ayant été lui-même sur le banc des accusés et poursuivi par le même système.
Pour l’heure, la prochaine audience est prévue ce 30 juillet.
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Robert Edition
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