En Afrique plus qu’ailleurs, plusieurs chefs d’état ont, sans aucune honte, porté à la lumière leur foi en Dieu. Le réveil évangélique a pris un essor considérable au sein non seulement des populations mais également de plusieurs institutions d’états africains depuis les années 90. Des élites se tourneraient vers une gouvernance appuyée sur la Parole et l’autorité de Dieu, au point de s’entourer d’hommes de Dieu pour conseillers spirituels.
Au Bénin, deux présidents évangéliques ont gouverné le pays, Mathieu Kérékou et Thomas Boni Yayi. Ce dernier était même pasteur. Au Malawi, l’ancienne présidente Joyce Banda ; en Côte d’Ivoire, les ex-époux Laurent et Simone Gbagbo ; en RDC, le président Félix-Antoine Tshisekedi ; au Brésil, le président Luiz Inacio Lula da Silva et aux Etats-Unis, Donald Trump. Tous ont brandi leur foi évangélique.
Si dans ces pays notamment, les églises évangéliques semblent soutenues par une élite positionnée dans leur camp, leur laissant le champ libre pour prospérer, ce n’est pas le cas partout et pour commencer au Rwanda. Opposé à la prolifération jugée hors de contrôle, des églises évangéliques sur le territoire national, rameutant de plus en plus de fidèles, le président Paul Kagame, a instauré depuis 2018 une réglementation plus qu’endurcie dans le but de réglementer les lieux de culte et endiguer les nombreuses dérives. Ce qui a mis en grande difficulté les responsables évangéliques au point de contraindre de nombreuses églises à mettre la clé sous la porte.
Par des mesures exigeantes, l’Etat Rwandais chercherait à assainir ce secteur. Plusieurs règles en matière de sécurité, notamment les normes incendie, de transparence financière et de qualification des pasteurs, qui doivent impérativement posséder un diplôme en théologie, ont été imposées par l’Etat.
En plus de cela, les églises doivent soumettre des plans d’action annuels indiquant par quels moyens elles s’alignent sur les valeurs nationales et tous les dons doivent transiter par des comptes enregistrés. Depuis mars 2025, elles sont également tenues d’apporter 1.000 signatures de fidèles pour ouvrir. Loin d’être évident à respecter, des milliers d’églises ont fermé. On en compte près de 10.000 à travers le pays.
Paul Kagame veut éradiquer les pasteurs “escrocs”, “voyous”, “criminels”, “imbéciles”
Sans langue de bois, le président Rwandais, plus favorable à l’organisation de l’église catholique, n’a pas caché son mépris pour les assemblées évangéliques qu’il a qualifié de “tanières de bandits” qui “ne font que voler”. Lors d’un point presse, il aurait affirmé que “si cela ne tenait qu’à moi, je ne rouvrirais même pas une seule église […] Dans tous les défis de développement auxquels nous sommes confrontés, les guerres, la survie de notre pays, quel est le rôle de ces églises ? Créent-elles aussi des emplois ? Beaucoup volent simplement ; certaines églises ne sont qu’un repère de bandits.”
Pour M. Kagame, l’Eglise ne serait qu’un vestige de l’époque coloniale, asservissant les fidèles dans des dérives religieuses. “Vous avez été trompés par les colonisateurs, et vous vous êtes laissés tromper”, a-t-il ajouté. Une position plus que radicale face aux enjeux politiques, sécuritaires et sociaux actuels.
Le Rwanda compte tout de même une population majoritairement chrétienne à 93%. Fidèles et pasteurs s’inquiètent de ce rapport de force mené par l’Etat. “Je n’aime pas que le gouvernement ait son mot à dire en ce qui concerne l’église. Ils devraient rester deux pouvoirs séparés. […] Bientôt, ils viendront dans la maison de Dieu, et ils diront à nos pasteurs ce qui est bon de prêcher…”, réagit un jeune croyant dont les propos ont été rapportés par le journal LaVie.
“On va s’organiser pour accueillir tout le monde. Mais le risque, c’est que les gens restent à la maison et s’éloignent de la foi”, craint de son côté, le pasteur Nicodème Ngendahimana à Kigali.
Un autre responsable d’église à Kigali alerte sur le fait que “le mépris et le dégoût ouverts du président pour les églises, et les organisations religieuses en général, annoncent des temps difficiles”.
Les dérives ne manquent pas tant chez les évangéliques, que chez les catholiques, les musulmans, les orthodoxes et les juifs. Si certains y voient un juste combat contre ces écarts de conduite, d’autres craignent hélas un contrôle d’une main de fer de la part de l’Etat entravant dangereusement la liberté de foi et d’expression de la communauté évangélique au Rwanda. En y regardant de plus près, cette main mise de l’Etat servirait-elle réellement à empêcher les abus ou plus à réduire au silence les assemblées évangéliques ? La question est en droit d’être posée, car l’expérience au fil des décennies voire des siècles, a démontré que nullement un diplôme théologique ou encore un plan d’action ne saurait garantir la dignité d’un pasteur ni la bonne tenue d’une église ni même un serment juste venant de Dieu et en accord avec sa Parole. Car l’instruction d’un homme de Dieu ne dépend pas uniquement de l’étude des écritures, mais davantage de l’école de l’Esprit de Dieu qui oint pour servir, comme nous le dit 1 Jean 2 v.27.
Au-delà de cela, imposer la signature de 1.000 fidèles serait une certaine forme d'injustice pour les petites et moyennes assemblées qui souhaiteraient s’accroître et à qui l’on coupe l’herbe sous le pied avant même de démarrer et espérer s’émanciper. Devant ces restrictions, l’on ose croire que des milliers d’évangéliques Rwandais, seraient retournés aux cultes de maison. Une chose est sûre, il serait difficile d’étouffer la Bonne Nouvelle du Christ, qui n’a pas besoin d’édifice pour se répandre. En effet déjà à l’époque de l’Eglise primitive, “Ceux qui avaient été dispersés allaient de lieu en lieu, annonçant la bonne nouvelle de la parole.” [Actes 8 v.4 - La Bible].
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Robert Edition
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